La décroissance : cinquante nuances de vert

Un chalet dans la montage, en pleine nature

Quand ils entendent le mot «décroissance», nombreux sont ceux à vouloir se mettre à l’abri, certains qu’une horde zadistes pouilleux s’apprète à déferler, sinon des militants nuit-deboutistes au moins des vegan vindicatifs et mal sapés.

Or la décroissance n’est pas réservée à ces petits groupes –qui convoient bien plus de préjugés que de réalités– et si l’écologie est évidemment au cœur de l’idée de décroissance, celle-ci ne prend pas la forme d’un environnementalisme technicien.

Lac en pleine nature, devant une montagne

On peut donc s’intéresser à l’écologie, s’interroger sa propre consommation et son propre impact sur la planète sans vouloir verdir le monde moderne à coup d’éoliennes et de Cop21.

«S’intéresser à la protection de l’environnement et à l’écologie sans mettre en question le progrès technique, c’est engager une opération non seulement inutile, mais fondamentalement nocive» – Jacques Ellul

A propos de la décroissance

La décroissance est un néologisme inventé par André Gorz en 1972, n’est pas une idée neuve en Occident. Elle n’est pas une question économique, mais une réflexion méta-économique qui remet radicalement en cause la marche en avant d’une civilisation et qui appelle chacun de nous à nous interroger sur nos modes de vie en tant que collectivité. Dans Aux origines de la décroissance- Cinquante penseurs, Bernard Charbonneau écrit :

«ce n’est pas d’un dimanche à la campagne dont nous avons besoin, mais d’une vie moins artificielle».

C’est très précisément ce que je ressens à propos de moi même. Du besoin de verdure le dimanche, j’ai fini par prendre conscience que j’avais tout simplement besoin de me séparer du superflu. Et qu’un grand nombre de choses de mon quotidien, au fond, l’était devenu au fil du temps et des habitudes.

De fait, nous n’utilisons qu’on nombre limité de choses matérielles. Je m’en rends de plus en plus compte.

Plutôt que la décroissance, j’ai commencé il y a plusieurs mois à m’intéresser aux cas des Tiny Houses, des maisons étroites au phénomène des et des « Cabins » dans la nature.

Un chalet dans la montage, en pleine nature

Suis-je décroissant ?

Ainsi, on peut très bien vivre avec 100 objets seulement et comme «un développement indéfini dans un espace-temps fini est impossible» (Charbonneau, encore) il me semble de plus en plus urgent de profiter de ce que j’ai plutôt que de chercher à en avoir davantage.

Précisons tout de suite, je n’ai absolument aucune envie ici de remettre en cause le système capitaliste. Ce que Guy Debord appelle «dégradation de l’être en avoir», Pasolini le «fascisme de la consommation» ou Bernanos «la civilisation des Machines et la tyrannie du Nombre», c’est à dire l’idée que la consommation déraisonnée puisse aboutir à l’aliénation progressive de l’homme est bien plus une mise en garde qu’une réalité tangible à mes yeux.

Cependant, je constate –de manière totalement empirique– que limiter ma propre consommation ne me rend pas moins heureux, au delà d’une frustration éphémère qu’il est très simple de compenser par d’autres stimuli plus positifs.

Deviens-je réfractaire au progrès ?

Est-ce conservateur de ne pas vouloir participer à toutes les étapes du progrès ?

Je ne sais pas vraiment si mon état actuel, mélange d’espoir d’une solution collective et de refus du matérialisme individuel, me range plutôt du côté de la droite libérale ou du gauchisme culturel, ni même si je flirt dangereusement avec les tenants de la révolution marxiste. Mais j’évite de politiser cela autant que possible. Mes convictions politiques (de centre droit) n’ont d’ailleurs guère évoluées durant ces réflexions.

Il n’est bien entendu pas question de « retourner à l’age de pierre » (etc.) ou même de vouloir « arrêter le progrès » selon l’expression consacrée. Mais est-on obligé de vivre selon un asservissement consenti aux modes passagères ? Il semble de plus en plus acquis (pour moi en tout cas) que la réponse est non.

Dès lors, manger sainement, vivre dans une mini-maison prend tout son sens, faire du sport, voyager au fil de l’eau –à la force des rames plutôt qu’à l’aide d’un moteur– ou faire du covoiturage deviennent des raisonnements qui se conçoivent aisément, surtout si l’intérêt économique n’est qu’un bénéfice subsidiaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *